L'IA propre est un récit, son empreinte matérielle est une réalité
Toutes les entreprises de l'IA générative ont en commun, depuis 18 mois, une rhétorique de la dématérialisation : leurs services ne consommeraient "presque rien", leurs datacenters seraient "décarbonés", et toute discussion sur l'impact écologique serait soit anachronique, soit malveillante. Ce récit s'effondre dès qu'on regarde les chiffres bruts.
Un seul datacenter optimisé pour l'inférence GPT-5 consomme entre 400 000 et 600 000 litres d'eau par jour, exclusivement pour le refroidissement des GPU H200. Microsoft, dans son rapport environnemental 2025, reconnaît une augmentation de 34 % de sa consommation d'eau totale en deux ans, attribuée principalement au cloud Azure et aux services AI. Ces chiffres sont publics, mais on ne les voit jamais dans les présentations grand public.
Le cas du cobalt et du lithium est encore plus parlant. La fabrication d'un seul GPU H200 nécessite environ 4 grammes de cobalt et plusieurs dizaines de grammes de terres rares, dont une partie significative provient de mines artisanales en République Démocratique du Congo où les conditions de travail sont documentées comme étant proches de l'esclavage par Amnesty International depuis 2016. Aucune entreprise d'IA générative n'a publié à ce jour de traçabilité fournisseur sérieuse sur ces composants.
Ce que j'aimerais voir, et qui n'existe pas encore : un étiquetage énergétique et matériel obligatoire pour tout service IA grand public, calqué sur celui des appareils électroménagers. Tant que le coût matériel reste invisible, le récit de la dématérialisation continuera de masquer une dépendance physique très lourde. C'est un combat normatif, pas un combat technique.
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